Je vous ai alerté
ici et
là à l'intimidation des enfants ayant des allergies alimentaires. Voici maintenant un texte rempli de conseils à l'intention des parents qui veulent savoir ce qu'ils peuvent faire pour faire cesser l'intimidation dont leur enfant est victime.
Mais, je vous préviens, le texte est un peu théorique au début. Une nouvelle loi a récemment été adoptée et il faut que je vous l'explique avant de vous présenter les moyens qu'elle met à votre disposition. Tenez bon jusqu'à la fin de cet article pour ne rien manquer des nombreuses recommandations qui pourraient vous permettre de mettre fin à l'intimidation de votre enfant. Entre autres, je vous présenterai comment rapporter la violence et l'intimidation de manière à provoquer des changements et comment s'assurer que l'école interviendra rapidement. Et surtout, ne manquez pas la vidéo à la fin de l'article!
AU QUÉBEC
L'Assemblée nationale du Québec a adopté en juin 2012 une loi visant à prévenir et à combattre l'intimidation et la violence à l'école. Et bonne nouvelle! La loi 56 favorise la collaboration des parents. Donc, vous êtes légitimé de dénoncer la violence et l'intimidation et l'école a mis des moyens à votre disposition pour le faire. La loi s'applique à la violence autant qu'à l'intimidation.
Définition de l'intimidation selon la loi 56: « Tout comportement, parole, acte ou geste délibéré ou non à caractère répétitif, exprimé directement ou indirectement, y compris dans le cyberespace, dans un contexte caractérisé par l’inégalité des rapports de force entre les personnes concernées, ayant pour effet d’engendrer des sentiments de détresse et de léser, blesser, opprimer ou ostraciser. »
Définition de la violence selon la loi 56: « Toute manifestation de force, de forme verbale, écrite, physique, psychologique ou sexuelle, exercée intentionnellement contre une personne, ayant pour effet d’engendrer des sentiments de détresse, de la léser, de la blesser ou de l’opprimer en s’attaquant à son intégrité. »
Concrètement, le conseil d'établissement de l'école que fréquente votre enfant devrait s'être conformé aux exigences de la loi 56. Il devrait avoir adopté un
plan de lutte contre la violence et l'intimidation qui serait en vigueur depuis le 1er janvier 2013. Si ce document ne vous a pas encore été transmis ou s'il n'est pas disponible sur le site Web de l'école, demandez-le!
Le plan de lutte contre la violence et l'intimidation devrait contenir les informations suivantes:
1° Une analyse de la situation de l’école au regard des actes d’intimidation et de violence. (Très utile pour connaître les lieux et les circonstances dans lesquelles votre enfant est le plus à risque de vivre de l'intimidation. Il est probable que la cour d'école en fasse partie.);
2° Les mesures de prévention visant à contrer toute forme d’intimidation ou de violence;
3° Les mesures visant à favoriser la collaboration des parents à la lutte contre l’intimidation et la violence et à l’établissement d’un milieu d’apprentissage sain et sécuritaire;
4° Les modalités applicables pour effectuer un signalement ou pour formuler une plainte concernant un acte d’intimidation ou de violence (incluant la cyberintimidation);
5° Les actions qui doivent être prises lorsqu’un acte d’intimidation ou de violence est constaté par un élève, un enseignant, un autre membre du personnel de l’école ou par quelque autre personne;
6° Les mesures visant à assurer la confidentialité de tout signalement et de toute plainte concernant un acte d’intimidation ou de violence;
7° Les mesures de soutien ou d’encadrement offertes à un élève victime d’un acte d’intimidation ou de violence;
8° Les sanctions disciplinaires applicables spécifiquement au regard des actes d’intimidation ou de violence selon la gravité ou le caractère répétitif de ces actes;
9° Le suivi qui doit être donné à tout signalement et à toute plainte concernant un acte d’intimidation ou de violence.
Je parie qu'après la lecture de ce qui précède vous êtes favorablement impressionné par les moyens qui sont mis à la disposition des Québécois pour contrer la violence et l'intimidation. En tout cas, moi je le suis!! Et la cerise sur le sundae, c'est que la loi s'applique tant aux écoles publiques que privées et même lorsque les élèves utilisent le transport scolaire.
COMMENT DEVEZ-VOUS FORMULER UNE PLAINTE?
Vous devez savoir que les intervenants scolaires évalueront la situation afin de déterminer s'il s'agit d'intimidation, de violence ou d'un conflit. Si votre enfant est victime d'intimidation ou de violence, les interventions seront effectuées conformément à la procédure incluse au plan de lutte. Cependant, les sanctions seront plus sévères s'il s'agit d'intimidation puisque c'est un acte plus grave que la violence.
Mais attention! Les conflits ne sont pas concernés par la loi 56. Dans le cas d'un conflit, le personnel scolaire n'est pas tenu d'intervenir en suivant la procédure dictée par le plan de lutte. Contrairement à l'intimidation et la violence, le conflit est caractérisé par une opposition entre deux personnes ou plusieurs élèves qui ne partagent pas le même point de vue. Le conflit peut entraîner des gestes de violence. Lors d'un conflit, les personnes discutent vivement et argumentent pour amener l'autre à partager leur point de vue. Les deux personnes sont sur le même pied d'égalité. Il n'en résulte aucune victime même si les deux peuvent se sentir perdants.
Dans ce contexte, je vous recommande de vous préparer à faire ressortir les caractéristiques de la violence et l'intimidation lorsque vous communiquerez avec l'école pour vous plaindre d'une situation ou d'un événement.
Pour savoir précisément à qui vous adresser pour signaler et vous plaindre de la violence et l'intimidation dont votre enfant est victime, référez-vous au plan de lutte contre la violence et l'intimidation de votre école. Les modalités doivent y être clairement écrites.
L'intention de faire du tord ne compte plus :
Nul besoin de démontrer que l'agresseur n'avait pas conscience des tords causés à votre enfant puisque la loi définit l'intimidation comme un geste délibéré ou non. Donc, que l'agresseur comprenne ou non les conséquences de ses actes, les interventions et les sanctions prévues au plan de lutte doivent être appliquées. Dorénavant, ce n'est plus une excuse pour prendre la situation à la légère.
Mettez en évidence la répétition des actes :
La répétition des actes est un des éléments qui distingue l'intimidation de la violence. C'est pourquoi, si c'est le cas de votre enfant, il est important de démontrer que les agressions commises à son égard ne sont pas des événements isolés et/ou qu'elles se manifestent de plusieurs façons.
- Combien de fois les actes ont-ils été commis?
- Depuis combien de temps durent les agressions?
- La violence et/ou l'intimidation se sont-elles manifestées de plusieurs façons? Si oui, lesquelles?
Pour vous aider à répondre à la précédente question, voici différentes formes d'intimidation que vous devez rapporter si votre enfant en a été la cible :
Physique : Frapper, donner des coups de pieds, pousser, cracher, battre à coups de poing, enfermer quelqu'un dans un local, voler ou endommager des biens.
Verbale : Menacer, rendre l'enfant mal à l'aise à cause de ses allergies, faire des remarques ou des plaisanteries blessantes, donner des surnoms, se moquer, narguer méchamment, humilier, ridiculiser ou insulter
Sociale : Ignorer volontairement quelqu'un, s’éloigner physiquement de l’autre, l’exclure du groupe, commérer, répandre des rumeurs méchantes sur lui, amener d'autres élèves à ne pas lui parler ou à la rejeter, parler dans son dos, créer une situation visant à le ridiculiser, briser des amitiés et le regarder de façon méprisante.
Violence par voie électronique : Écrire des commentaires négatifs dans Facebook, envoyer des courriels, des messages textuels ou des photos par cellulaire dans le but de menacer, blesser, gêner, ridiculiser, révéler des secrets, exclure du groupe, briser une réputation ou une amitié.
Harcèlement sexuel : Provoquer des contacts sexuels non désirés, faire des gestes de nature sexuelle, émettre des commentaires sexuels abusifs, répandre des rumeurs sur un comportement sexuel ou une orientation sexuelle, traiter l'autre d'homosexuel ou de lesbienne
Démontrez l'inégalité des rapports de forces entre votre enfant et son agresseur:
L'inégalité des forces est un deuxième aspect qui différencie l'intimidation de la violence. Dans le cas d'un enfant qui est intimidé à cause de ses allergies alimentaires, faites ressortir les points suivants :
- Les allergies alimentaires de votre enfant le placent en position de faiblesse par rapport à son agresseur;
- L'agresseur acquiert du pouvoir sur l'enfant allergique par la connaissance de son point faible (allergies alimentaires) qu'il utilise pour le déséquilibrer.
Rapportez la détresse et la souffrance de votre enfant:
Selon les définitions données par la loi 56, l'intimidation et la violence, ont pour effet « d'engendrer des sentiments de détresse et de léser, blesser, opprimer ou ostraciser. »
- Insistez sur la détresse que manifeste votre enfant depuis qu'il est victime de violence et/ou d'intimidation.
- Rapportez les signes de victimisation que vous avez observés. Au besoin, utilisez les informations contenues dans cet article pour vous les remémorer.
- Si c'est le cas, rapportez les propos de votre enfant à l'effet qu'il ne se sent plus en sécurité à l'école. N'ayez pas peur d'utiliser ses propres mots.
- Si le fonctionnement quotidien de votre enfant est affecté, mentionnez-le. Donnez des exemples. Évite-t-il certains lieux? A-t-il cessé de voir ses amis
Soulignez les dangers reliés à une réaction allergique:
Certaines personnes ne connaissent pas bien les allergies alimentaires ou oublient les risques associés à une réaction allergique. Afin que la situation soit évaluée à sa juste gravité :
- Il est bon de rappeler que la vie de votre enfant serait mise en danger s'il avait une réaction allergique et que l'agresseur pourrait provoquer cette réaction en le mettant en contact avec l'aliment auquel il est allergique.
- Utilisez des images-chocs. Par exemple, vous pourriez comparer les dangers que représente l'aliment auquel votre enfant est allergique à ceux d'une arme à feu.
- Il est probable que le plan de lutte de l'école que fréquente votre enfant prévoit de contacter les policiers si la sécurité d'un élève est menacée ou qu'un acte illégal est commis. Dans ce cas, la légalité du comportement de l'agresseur serait prise en compte.
QUOI FAIRE POUR QUE L'ÉCOLE AGISSE VITE?
Le Dr Égide Royer, psychologue, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval et codirecteur de l'Observatoire canadien pour la prévention de la violence à l'école suggère cette façon de procéder pour éviter des délais inutiles :
1- Contactez la direction de l’école, pour qu’une intervention efficace soit réalisée auprès de votre enfant et de l’élève qui l’agresse. Elle devrait vous revenir dans les 48 heures pour vous informer des mesures prises pour faire cesser la situation.
2- Si vous n’avez pas de nouvelles après 48 heures, communiquez à nouveau, cette fois par écrit (courriel ou lettre), avec la direction de l’école et envoyez une copie à la direction générale de la Commission scolaire.
M. Royer explique lui-même cette démarche dans la vidéo ci-dessous :
En guise de conclusion, j'aimerais souligner que la Loi 56 envoie un message clair à l'effet qu'il faut agir pour mettre fin à la violence et à l'intimidation. Elle favorise la collaboration des parents en leur donnant des moyens pour faire cesser l'intimidation. Alléluia!
Je ne prétends pas avoir tout écrit sur la Loi 56 et le plan de lutte contre la violence et l'intimidation. Toutefois, l'essentiel y est. N'hésitez pas à communiquer avec moi pour obtenir des réponses à vos questions.
Pour consulter la Loi 56, cliquez sur le lien ci-dessous :
http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=5&file=2012C19F.PDF
Pour en savoir plus sur les enfants intimidés à cause de leurs allergies alimentaires:
-
Votre enfant est-il victime d'intimidation?
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Le tiers des enfants allergiques intimidés
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Intimidation, taquineries et harcèlement
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L'intimidation alimentaire est une agression
Mais qui est Lise? Je suis travailleuse sociale et mère de 3 garçons dont un aux prises avec quelques allergies alimentaires. Après avoir été animatrice d'un groupe d'entraide pour parents d'enfants allergiques, j'ai créé ce site internet en 2007 afin de venir en aide aux personnes qui vivent avec les allergies alimentaires.
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