Connaissez-vous le proverbe qui dit que « Trop d’une bonne chose, n’est pas une bonne chose» ? Alors, comment encadrer sainement les enfants allergiques sans les étouffer en les surprotégeant ? Lisa C. Greene, co-auteur du livre Parenting Children with Health Issues, nous offre de nombreuses pistes de réflexion pour nous aider à relever ce défi. J’affectionne tout particulièrement un de ses textes que j’ai librement traduit de l’anglais pour vous le présenter ci-dessous. Bonne lecture!
par Lisa C. Greene
Pas de sauvetage, pas de surprotection. Gill lui explique comment faire, lui donne des encouragements tout en ayant de grandes exigences à son égard. Nemo se libère par lui-même et il en est fier. Il est capable de le faire! Les parents efficaces aussi appelés parents consultants, ne sont pas protecteurs et sauveteurs comme les parents hélicoptères. Ils aident les enfants à identifier leurs problèmes, procurent de la compassion et du support, fixent des attentes élevées appropriées, posent de bonnes questions, et encouragent l’enfant à trouver ses propres solutions aux problèmes qui surviennent. Ils disent : « Tu t’es mis là-dedans, tu peux t’en sortir et je t’aime peu importe ce qui arrivera. ».
L’apogée du film nous conduit à la réunification du père et du fils. Notez que Papa n’a pas sauvegardé son fils mais que c’est plutôt son fils qui, aidé de ses amis, a trouvé sa propre façon de sortir de l’aquarium et de retourner dans l’océan. Quand ils se retrouvent, Papa adopte immédiatement sa vieille attitude de protection et de contrôle mais le puissant altruisme de Nemo ne permet pas à son père de l’empêcher de sauvegarder les poissons qui sont pris dans les filets et qui vont bientôt être ramenés à la surface de l’eau. Nemo a eu un avant goût de la liberté de la tyrannie bien intentionnée de son père. Maintenant, il a la possibilité de devenir un héros non seulement à ses yeux mais aussi à ceux de tous les habitants du monde sous-marin dans lequel il vit. Son père n’a d’autre choix que de le laisser faire et de lui faire confiance. Fort de cette liberté, Nemo est en mesure de délivrer le héros qui avait été enfermé en lui par le contrôle et la surprotection de son père. Et, en libérant ce héros, Nemo change la vie de ceux qui l’entourent.
J’aimerais beaucoup connaître votre opinion sur ce texte. Vous pouvez le faire en écrivant un commentaire ou en exprimant votre appréciation en utilisant les étoiles ci-dessous.
Trouver Nemo, trouver un héros
par Lisa C. Greene
Demandez-moi si j’ai vu n’importe quel film pour adulte et ma réponse sera probablement non. Par contre, interrogez-moi sur des films pour enfants et je vous parlerai d’un seul trait des personnages, de l’intrigue et des dialogues. C’est comme ça quand on vit avec des enfants de six et quatre ans.
Donc, il ne faut pas trop s’étonner si je vous dis que c’est dans le film Trouver Nemo que j’ai trouvé une excellente métaphore de ce qu’est la vie avec des enfants qui ont une maladie chronique. Voyez-vous, mes deux enfants ont la fibrose kystique alors je sais ce que c’est. Et comme le papa poisson clown de Nemo (nommé Marlin), je suis passée du parent sur-protecteur et inquiet pour tout au parent toujours aussi inquiet pour tout mais qui gère plus efficacement ses émotions. Ceci est surtout dû à la formation sur la parentalité que j’ai reçue de Love and Magic.
Je suppose qu’il y a toujours place à l’amélioration dans la plupart des choses de la vie et particulièrement dans l’éducation des enfants. Le problème lorsqu’on est parent, c’est que nous ne pouvons pas réaliser toute l’amélioration dont nous avons besoin avant qu’il ne soit trop tard c’est-à-dire avant que les adolescents deviennent des mutants et qu’on se demande ce qui s’est passé. Le défi est d’autant plus grand avec les enfants souffrant d’une maladie chronique car trop tard peut ne pas seulement signifier une voiture endommagée ou une quelconque expérimentation avec l’alcool ou le sexe mais pourrait faire la différence entre la vie et la mort.
La lutte des parents pour résister à la toute puissante et envahissante pulsion de sauvegarder et surprotéger un enfant bien aimé se déroule très bien dans le film Trouver Nemo. C’est aussi le cas dans les maisons de millions de familles à travers l’Amérique et dans le reste du monde. Malheureusement, maîtriser avec succès ces pulsions et parvenir à une saine acceptation ne surviennent pas assez souvent. Le paradoxe est que c’est par la maîtrise du besoin de contrôle et de protection que l’enfant et ceux qui l’entourent acquièrent la liberté de devenir des héros et d’accéder à la force d’esprit de ceux qui ont appris à faire face à la souffrance. Tout comme Nemo!
L’histoire de Nemo débute quand un petit couple heureux de poissons s’engage dans une des plus merveilleuses aventures de la vie qui est de partager leur amour et de se multiplier en portant un enfant ou, dans le cas de Nemo, de porter des milliers d’œufs de poissons. Après un départ catastrophique où la maman poisson et tous les œufs sauf un sont dévorés par un gros poisson affamé, la vraie histoire commence pour Nemo et son père qui tente de se remettre de son traumatisme. Pour rendre le tout plus poignant, Nemo est né avec une déformation qui consiste en une nageoire « chanceuse ». Nous avons donc ici un traumatisme et un handicap physique qui sont les ingrédients parfaits d’une recette pour créer la surprotection d’un parent inquiet à la fois par le bien-être et la condition de son fils. Il impose de limites, sauve, protège et contrôle Nemo. À cause de l’incapacité de Nemo, ses attentes sont peu élevées envers son fils et il ne lui fait pas confiance. De plus, Papa a un tout petit sens de l’humour. Il est sombre, inquiet et troublé pour chaque détail de la vie de Nemo. En fait, la vie de Papa tourne entièrement autour de la vie de Nemo. Est-ce que ça vous est familier?
Le moment le plus important de la vie de Nemo est lorsqu’il se rebelle contre l’attitude contrôlante et sur-protectrice de son père. Ce n’est pas très surprenant car Nemo n’a pas d’autre choix que d’exercer son indépendance en s’opposant aux attentes de son père parce qu’il n’a jamais eu la liberté de faire ses propres choix. Que peut donc faire d’autre un poisson clown surprotégé et sur-contrôlé? Défiant les ordres de son paternel, il touche à une mystérieuse barque juste pour prouver à son père, à ses amis et à lui-même qu’il peut le faire. Ce faisant, si vous n’avez pas vu le film, il se fait attraper par un plongeur qui le destine à faire partie d’une collection de poissons exposés dans un aquarium de cabinet de dentiste.
Combien d’enfants souffrant de maladies chroniques n’ont d’autre choix que de se rebeller contre l’autorité parentale en refusant de se conformer aux exigences médicales ? En reconnaissant à l’enfant le droit de choisir, on lui permet d’opter pour la vie. Les parents doivent permettre à leurs enfants de prendre éventuellement de mauvaises décisions dans le but de leur donner la chance et le désir de prendre de bonnes décisions. Il est préférable de permettre que ces décisions ou ces choix soient assumés lors de petites occasions qui ne mettent pas la vie en danger. Ainsi, au fils des ans, l’enfant gagnera graduellement du contrôle sur son corps. Par exemple, un parent peut demander « Veux-tu prendre ton médicament avant ou après tes devoirs? » ou « Prendras-tu ton injection d’insuline dans 5 ou 10 minutes? ou encore « Préfères-tu prendre tes médicaments avec du jus ou du lait ? ». Les petits choix effectués tout au long de la vie de l’enfant créeront un « compte d’épargne » d’implications duquel il pourra faire des « retraits » lorsque le moment sera venu de prendre de grandes décisions comme celles qui mettent la vie en danger.
À partir de ce point, le film suit deux voies soient celle de l’opération de recherche et de sauvetage du père et l’histoire du périple de Nemo pour se libérer lui-même. Le film devient l’histoire d’un parent luttant pour lâcher prise, pour apprendre à faire confiance et à accepter et ce faisant permettre à l’enfant de devenir plus que quiconque n’a jamais rêvé.
Alors que Nemo commence à se familiariser avec l’aquarium, il reste coincé dans le filtre. Je crois que c’est le premier moment déterminant pour sa vie. Immédiatement, les poissons qui l’entourent accourent pour le sauver en le tirant hors du filtre. Mais Gill, l’ancien capitaine chevronné de l’aquarium, les arrête et force Nemo à se libérer lui-même. Écoutez bien ce qu’ils se disent :
Nemo (en panique) : - « Pouvez-vous m’aider? »
Gill (calmement et gentiment) : - « Non, tu t’es mis là-dedans alors tu peux t’en sortir. ».
Nemo (en panique) : - « Pouvez-vous m’aider? »
Gill (calmement et gentiment) : - « Non, tu t’es mis là-dedans alors tu peux t’en sortir. ».
Pas de sauvetage, pas de surprotection. Gill lui explique comment faire, lui donne des encouragements tout en ayant de grandes exigences à son égard. Nemo se libère par lui-même et il en est fier. Il est capable de le faire! Les parents efficaces aussi appelés parents consultants, ne sont pas protecteurs et sauveteurs comme les parents hélicoptères. Ils aident les enfants à identifier leurs problèmes, procurent de la compassion et du support, fixent des attentes élevées appropriées, posent de bonnes questions, et encouragent l’enfant à trouver ses propres solutions aux problèmes qui surviennent. Ils disent : « Tu t’es mis là-dedans, tu peux t’en sortir et je t’aime peu importe ce qui arrivera. ».
Pendant ce temps, Papa apprend lui aussi des choses à propos de lui-même. Alors qu’il parcourt l’océan à la recherche de son fils, plusieurs camarades et quelques créatures sous-marines l’aident, mais quelqu’un en particulier, Dory, se joint à lui durant son périple. Dory est un excellent exemple de soutien aimant. Elle est ferme, loyale, attentionnée, utile et réfléchie, et le meilleur de tous, elle a un excellent sens de l’humour. Elle est franchement drôle. Et elle fait confiance. Ici, une petite parenthèse est nécessaire à propos du sens de l’humour. Quand vous avez un enfant atteint d’une maladie chronique, le sens de l’humour est souvent subtil. Qu’est-ce qu’il y a de drôle à propos de traitements médicaux, de soucis financiers et de voir un enfant souffrir physiquement et émotivement ? Mais, comme on peut le découvrir en développant le sens de l’humour (cela prend du temps et de la pratique), il permet de surmonter les difficultés et de se concentrer sur les bonheurs de la vie plutôt que sur les malheurs. Ainsi, le cœur est allégé et la douleur est moins vive. L’humour rend la vie tout simplement plus agréable pour ceux qui nous entourent. Le pauvre Marlin n’a pas le sens de l’humour au début mais après avoir lâché prise et avoir accepté son fils (à la fin du film), son humour s’épanouit et il devient évident qu’il jouit de la vie conformément à sa véritable nature de poisson clown. Mais il lui aura fallu un voyage avec beaucoup d’épreuves pour y arriver. L’humour est le reflet de la joie intérieure. Quelques fois, nous devons la simuler avant de l’acquérir. C’est bien ainsi car l’humour à l’extérieur peut amener la joie à l’intérieur.
Dory sait comment s’amuser, faire face à l’adversité, regarder le bon côté de la vie et avoir confiance au moment présent. Quand Dory et Marlin sont coincés à l’intérieur d’une baleine, Marlin devient très en colère. Il accuse les autres, y compris Dory, d’être responsables de son malheur. Alors, il frappe le mur du désespoir. Il est tellement préoccupé par son propre sort qu’il ne voit ni l’amour ni la beauté de la création de Dieu qui l’entourent. Il ne voit pas non plus l’humour du moment amené par le fait qu’ils sont pris dans le ventre d’une baleine avec qui Dory communique en utilisant le chant des baleines. Il ne voit que sa recherche pour sauver son fils et son imminent échec à ses yeux. Écoutez le dialogue entre Marlin et Dory qui marque le début de l’acceptation de la situation dans laquelle il se trouve :
Papa : -« Je lui ai promis que je ne laisserai jamais rien lui arriver. »
Dory : -« C’est une étrange promesse. Tu ne peux pas faire que rien ne lui arrive sinon il ne lui arrivera jamais rien et ce ne sera pas agréable pour le petit Nemo. »
Papa : -« Je lui ai promis que je ne laisserai jamais rien lui arriver. »
Dory : -« C’est une étrange promesse. Tu ne peux pas faire que rien ne lui arrive sinon il ne lui arrivera jamais rien et ce ne sera pas agréable pour le petit Nemo. »
Les parents qui surprotègent et sauvent leurs enfants diminuent leurs possibilités de vie, leurs chances d’expérimenter et de croître. Ils font aussi en sorte de diminuer les chances que leur enfant devienne un héros.
L’apogée du film nous conduit à la réunification du père et du fils. Notez que Papa n’a pas sauvegardé son fils mais que c’est plutôt son fils qui, aidé de ses amis, a trouvé sa propre façon de sortir de l’aquarium et de retourner dans l’océan. Quand ils se retrouvent, Papa adopte immédiatement sa vieille attitude de protection et de contrôle mais le puissant altruisme de Nemo ne permet pas à son père de l’empêcher de sauvegarder les poissons qui sont pris dans les filets et qui vont bientôt être ramenés à la surface de l’eau. Nemo a eu un avant goût de la liberté de la tyrannie bien intentionnée de son père. Maintenant, il a la possibilité de devenir un héros non seulement à ses yeux mais aussi à ceux de tous les habitants du monde sous-marin dans lequel il vit. Son père n’a d’autre choix que de le laisser faire et de lui faire confiance. Fort de cette liberté, Nemo est en mesure de délivrer le héros qui avait été enfermé en lui par le contrôle et la surprotection de son père. Et, en libérant ce héros, Nemo change la vie de ceux qui l’entourent.
Je pense qu’au plus profond de chaque enfant qui souffre d’une maladie chronique, il y a un héros semblable qui demande à sortir. En tant que parents, nous pouvons encourager nos enfants à devenir cet héros, à envisager la vie courageusement et gaiement en présence de difficultés et de souffrances. Ce faisant, nous devenons aussi des héros pour nos enfants et pour ceux qui nous entourent. En servant d’exemple, nous enseignons à nos enfants comment libérer le héros en eux. Ce n’est pas un périple facile mais il en vaut la peine. Il n’y a qu’à le demander à Nemo et aussi à son père.
Copyright © 2004 par Lisa C. Greene. Tous droits réservés. Reproduit et traduit avec la permission de l’auteur.
J’aimerais beaucoup connaître votre opinion sur ce texte. Vous pouvez le faire en écrivant un commentaire ou en exprimant votre appréciation en utilisant les étoiles ci-dessous.
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2 commentaire(s):
Wow! Je connais ce film par coeur, et jamais l'idée d'associer cette histoire à celle d'un enfant qui a des allergies multiples par exemple, ne m'était passée par l'esprit. Je n'ai pas lu le texte en anglais, mais le tien est vraiment très agréable à lire, nous pouvons en saisir tout le sens. Merci de trouver des choses si intéressantes pour nous, parents inquiets.
Janique :o)
Bonjour Janique,
Je suis contente que ce texte t'ai accroché autant que moi. Lisa C.Greene a fait un excellent travail. Elle a une excellente compréhension de ce qu'est la vie avec un enfant malade.
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